Egalité et Réconciliation
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Éloge du culte des ancêtres

 

L’exemple de l’Asie

 

Les Asiatiques ne montrent aucun signe d’un désir de mort collectif. Ils sont généralement fiers de leur origine ethnique et de leur nationalité. Je pense que cela a beaucoup à voir avec leur rapport aux ancêtres. Le culte des ancêtres est une partie essentielle des traditions asiatiques, et, bien qu’il ait reculé dans les grandes villes, il est encore largement pratiqué. Les anthropologues préfèrent parler de « vénération des ancêtres » ; les morts ne sont pas divinisés, mais on leur exprime respect, gratitude et fidélité, et l’on attend d’eux qu’ils guident et protègent les vivants – ou les réprimandent quand ils agissent mal. Les ancêtres ne sont pas tous bons, mais il vaut mieux vivre en paix avec tous. Honorer les ancêtres n’est pas seulement une coutume religieuse ; c’est une obligation morale, car c’est un prolongement de la piété filiale, qui est considérée unanimement en Orient comme le fondement de la morale : de par votre piété filiale, vous participez à la piété filiale de vos parents, etc.

En Chine, malgré des décennies d’endoctrinement communiste, la vénération des ancêtres est encore très répandue. Elle trouve un soutien dans le confucianisme, aujourd’hui remis à l’honneur. Bien que Confucius ait peu à dire sur l’existence des esprits, il met l’accent sur la piété filiale et le respect dû aux ancêtres. Beaucoup de Chinois participent à des offrandes rituelles aux morts, indépendamment de leur appartenance religieuse. Les catholiques restent réticents, malgré le fait qu’en 1939 l’Église est revenue sur son interdiction formelle prononcée en 1707, estimant que le culte des ancêtres n’était finalement pas une cérémonie religieuse et était donc tolérable.

La vénération des ancêtres est, lit-on ici [1], « l’un des éléments qui composent l’identité culturelle du Vietnam ». Aujourd’hui encore, peu importe qu’ils s’identifient comme bouddhistes, chrétiens ou autre chose, presque toutes les familles vietnamiennes, riches ou pauvres, ont un autel dédié aux ancêtres dans la maison. Partout en Orient, mais au Vietnam plus qu’ailleurs, la loyauté envers les ancêtres et l’amour de la nation sont organiquement liés, car les ancêtres sont ceux qui ont construit la nation et protégé son intégrité territoriale à travers les siècles.

Le culte des ancêtres a une longue et riche histoire en Corée, et constitue toujours une part importante de la vie traditionnelle dans les villages. Les rites sont pratiqués tout au long de l’année, pour les ancêtres jusqu’à la cinquième génération. Certains catholiques se joignent à ces rites ancestraux, mais pas les protestants évangéliques. De nombreux Coréens font occasionnellement appel au chamanisme, qui traite principalement des conflits entre les vivants et les morts (les bons comme les mauvais). Même en Corée du Nord, selon une estimation récente, 16 % de la population totale croit au chamanisme.

Au Japon, malgré la criminalisation des traditions nationales après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des gens conservent un reliquat de vénération envers leurs morts, même s’ils prétendent n’avoir aucune religion. Nobushige Hozumi, qui a écrit pour les Occidentaux un livre intitulé Ancestor-Worship and Japanese Law en 1901, a mis en garde contre le préjugé occidental selon lequel les ancêtres inspirent la peur. C’est l’amour, et non la peur, qui constitue le fondement anthropologique du culte des ancêtres. Il s’agit simplement d’une continuation des liens familiaux.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il y avait trois niveaux de culte des ancêtres au Japon, explique Hozumi : la famille, le clan et la nation. Chaque famille honore ses propres ancêtres, ceux dont on se souvient directement ou indirectement, sur trois, quatre générations ou parfois plus. Les morts sont honorés individuellement aux anniversaires de leur décès, mais aussi collectivement à certaines dates, qui sont l’occasion de retrouvailles familiales. Des moines bouddhistes ou des prêtres shintoïstes peuvent intervenir dans certains rites, selon les familles.

Traditionnellement, « chaque clan a un dieu de clan ou "Uji-gami" qui est l’éponyme de cette communauté particulière. » Parce que chaque clan occupait un certain territoire, les ancêtres du clan avaient tendance à fusionner avec les divinités tutélaires. Le sanctuaire principal du clan était également le sanctuaire de la divinité protectrice du territoire. Le culte des ancêtres claniques était le plus important jusqu’au XIXe siècle, car l’unité originelle de la société japonaise n’était pas la famille mais le clan, chaque clan étant légalement représenté par son chef. « Le culte des ancêtres communs, et les cérémonies qui s’y rattachent, maintenaient l’apparence d’une descendance commune parmi un grand nombre de parents très dispersés qui étaient si éloignés les uns des autres qu’ils se seraient, sans ce lien, éloignés des interactions familiales. »

Au niveau national, il y avait le culte de la lignée impériale. Ce n’était pas un culte de l’empereur, mais plutôt la participation de la nation au culte des ancêtres de la famille impériale, sur la base de l’hypothèse mythologique qu’ils sont les premiers ancêtres de tous les Japonais. Ce culte national était aussi associé à une forme de monothéisme, puisque Amaterasu O-Mikami, « la Grande Déesse de la Lumière Suprême », était considérée comme la mère du premier empereur. Elle était représentée par le soleil qui rayonnait autrefois sur le drapeau japonais.

Je n’ai pas d’expertise particulière en anthropologie asiatique, mais il me semble qu’il n’y a pas de débat sur le fait que la vénération des ancêtres est une tradition qui a persisté à ce jour dans tout l’Orient, malgré les assauts de la modernité et l’influence de l’individualisme occidental. D’après mon expérience, même les Japonais urbains occidentalisés maintiennent un sentiment de loyauté et de dette envers leurs parents et ancêtres beaucoup plus intense que l’Européen moyen. Cela fait partie de leur constitution mentale. Il va de soi que cela affecte les normes éthiques qu’ils respectent généralement au sein de leur famille, de leur communauté et de leur nation. Il n’est pas difficile de comprendre que ce sentiment a aussi un effet fort sur la stabilité des familles : lorsque l’être humain se ressent comme un élément d’une chaîne générationnelle plutôt que comme un électron libre, lorsqu’il se situe existentiellement entre ses parents et ses enfants, il se sent davantage responsable de la stabilité de son propre foyer : celui-ci n’a pas pour vocation principale son bonheur personnel, mais la transmission. On ne peut être responsable que devant quelqu’un, et c’est là toute la vertu sociale du culte des ancêtres.

Enfin, il est aisément compréhensible que le culte des ancêtres participe au sentiment patriotique, l’enracine dans le cœur de chaque enfant, tout au moins dans une nation ethniquement homogène, qui corresponde à l’idée que s’en fait Peter Brimelow lorsqu’il dit : « essentiellement, une nation est une sorte de famille étendue » (Alien Nation, 1991).  [2]

Pour toute personne soucieuse de restaurer une fibre nationale en Occident, il y a là matière à réflexion. Sommes-nous, Européens, fondamentalement différents ? Notre cerveau, pour une raison évolutive, est-il câblé différemment et tout simplement incapable de fonctionner sur ce mode holistique et transgénérationnel ? L’histoire nous apprend clairement qu’il n’en est rien.

 

 

Que sont nos ancêtres devenus ?

 

Un excellent livre d’anthropologie historique sur les Aryens – les Indo-européens, si vous préférez – a été écrit en 1879 par William Hearn sous le titre The Aryan Household, its Structure and its Development. « Dans le monde archaïque, écrit-il, toute unité sociale impliquait une union religieuse. […] La communauté de culte était, en effet, le seul mode par lequel, dans les premiers temps, les hommes étaient réunis et maintenus ensemble. […] Le repas commun préparé sur l’autel était le signe extérieur visible de la communion spirituelle entre la divinité et ses adorateurs. » [3]

L’association religieuse la plus fondamentale pour les Aryens a toujours été la famille, réunie autour du culte de ses morts. Le culte des ancêtres n’était pas seulement une religion domestique, car il s’étendait aux cultes publics des grands hommes, ceux que les Grecs appelaient des héros. Il n’y a pas de séparation claire entre les morts domestiques et les héros vénérés publiquement [4], et l’anthropologie historique nous apprend qu’il n’y a pas non plus de frontière nette entre le royaume des dieux et le monde des morts. L’historien islandais médiéval Snorri Sturluson (1179-1241) documente plusieurs cas de rois morts transformés en dieux ; le grand dieu nordique Freyr, par exemple, était à l’origine un roi suédois vénéré après sa mort en raison des bienfaits qu’il continuait de prodiguer à son peuple (Histoire des rois de Norvège, I, 10).

La théorie selon laquelle le culte des morts est la racine primordiale du religieux avait été défendue par Numa Denis Fustel de Coulanges dans son ouvrage magistral La Cité antique, publié en 1864 : « Cette religion des morts paraît être la plus ancienne qu’il y ait eu dans cette race d’hommes. Avant de concevoir et d’adorer Indra et Zeus, l’homme adora les morts […]. Il semble que le sentiment religieux ait commencé par là. » [5] Chez les Grecs et les Romains de l’Antiquité lointaine, le « foyer » (étymologiquement, « l’âtre » ou le « feu ») était le lieu de culte le plus important, souligne Fustel de Coulanges :

« La génération établissait un lien mystérieux entre l’enfant qui naissait à la vie et tous les dieux de la famille. Ces dieux étaient sa famille même, theoi eggeneis ; c’était son sang, theoi sunaimoi. L’enfant apportait donc en naissant le droit de les adorer et de leur offrir les sacrifices ; comme aussi, plus tard, quand la mort l’aurait divinisé lui-même, il devait être compté à son tour parmi ces dieux de la famille. Mais il faut remarquer cette particularité que la religion domestique ne se propageait que de mâle en mâle. »

« Hors de la maison, tout près, dans le champ voisin, il y a un tombeau. C’est la seconde demeure de cette famille. Là reposent en commun plusieurs générations d’ancêtres ; la mort ne les a pas séparés. Ils restent groupés dans cette seconde existence, et continuent à former une famille indissoluble. Entre la partie vivante et la partie morte de la famille, il n’y a que cette distance de quelques pas qui sépare la maison du tombeau. À certains jours, qui sont déterminés pour chacun par sa religion domestique, les vivants se réunissent auprès des ancêtres. Ils leur portent le repas funèbre, leur versent le lait et le vin, déposent les gâteaux et les fruits, ou brûlent pour eux les chairs d’une victime. En échange de ces offrandes, ils réclament leur protection ; ils les appellent leurs dieux, et leur demandent de rendre le champ fertile, la maison prospère, les cœurs vertueux. »

Il existe un lien évident entre le culte des ancêtres et l’espoir d’une vie heureuse après la mort, car chacun espère être, son heure venue, bien accueilli par ses ancêtres reconnaissants. Ceci est symbolisé dans les processions funéraires romaines, où il était de coutume de porter l’image du nouveau défunt en tête de cortège, tandis que les représentations de ses propres parents étaient portées à sa rencontre depuis le mausolée familial, pour l’accueillir à mi-chemin et l’accompagner jusqu’à la tombe familiale.

Parce que chaque homme s’attendait à ce que ses descendants mâles assurent à ses mânes paix et bonheur, « il en a découlé d’abord cette règle que chaque famille dut se perpétuer à jamais. Les morts avaient besoin que leur descendance ne s’éteignît pas. Chacun avait donc un intérêt puissant à laisser un fils après soi, convaincu qu’il y allait de son immortalité heureuse. C’était même un devoir envers les ancêtres dont le bonheur ne devait durer qu’autant que durait la famille. » Une autre conséquence était l’horreur de l’adultère : « Car la première règle du culte est que le foyer se transmette du père au fils ; or l’adultère trouble l’ordre de la naissance. » Si le fils de l’adultère participe au culte ancestral, et s’il est finalement inhumé dans le tombeau familial, « tous les principes de la religion sont violés ; le culte est souillé, le foyer devient impur, chaque offrande au tombeau devient une impiété […] et il n’y a plus de bonheur divin pour les ancêtres. »

En revanche, parce que « la famille antique est une association religieuse plus encore qu’une association de nature », il était possible de s’intégrer à la famille par le rituel religieux. C’est pourquoi « la femme n’y sera vraiment comptée qu’autant que la cérémonie sacrée du mariage l’aura initiée au culte ». De même, « l’adopté y sera au contraire un véritable fils, parce que, s’il n’a pas le lien du sang, il aura quelque chose de mieux, la communauté du culte  » ; « le devoir de perpétuer le culte domestique a été le principe du droit d’adoption chez les anciens. » Même l’esclave (servus) devient membre de la famille à travers une cérémonie qui « avait de l’analogie avec celle du mariage et celle de l’adoption. Elle signifiait sans doute que le nouvel arrivant, étranger la veille, serait désormais un membre de la famille et en aurait la religion. […] C’est pour cela que l’esclave devait être enseveli dans le lieu de la sépulture de la famille. »

En conclusion, il est indiscutable que le culte des ancêtres était central dans les traditions grecque et romaine, ainsi que dans les traditions germaniques et celtiques.

Pourquoi alors nous est-il si étranger, à nous qui sommes leurs descendants ? Pourquoi notre sacralisation de l’individu apparaît-elle comme une image inversée des valeurs holistiques de nos lointains ancêtres ? Ayant établi que les Indo-Européens étaient autrefois des adorateurs de leurs ancêtres au même titre que les Asiatiques, nous devons comprendre pourquoi et comment, contrairement aux Asiatiques, nous avons complètement abandonné ce qui constituait autrefois la trame de notre tissu social. Que s’est-il passé ?

 

 

Le christianisme contre le culte des ancêtres

 

Radbod était roi des Frisons de 680 jusqu’à sa mort en 719. Il est considéré comme le dernier souverain indépendant de la Frise avant la domination franque. Selon une légende rapportée pour la première fois dans l’hagiographie du missionnaire franc Wulfram, Radbod avait été persuadé d’accepter le baptême et avait déjà mis un pied dans les fonts baptismaux, lorsqu’il fut saisi d’un doute et demanda à Wulfram : « Vais-je rejoindre mes ancêtres dans l’au-delà, après ma mort ? » Wulfram lui dit sans ambages que c’était hors de question, puisque ses ancêtres, n’ayant pas été baptisés, étaient tous en enfer, tandis que Radbod rejoindrait les bienheureux au paradis. Radbod a alors retiré son pied en déclarant qu’il préférait vivre en enfer avec ses ancêtres que de passer l’éternité au paradis avec une bande de saints mendiants. Peu de temps après la mort de Radbod, cependant, les Frisons ont été battus et baptisés, et l’on n’a plus entendu parler de leur indépendance nationale.

Cette histoire illustre le choc culturel que le christianisme signifiait pour nos ancêtres païens. Le problème n’était pas l’apparition d’une nouvelle religion, d’autant que le repas eucharistique en l’honneur d’un mort déifié n’avait rien de très exotique en soi. Tout aurait été différent si les missionnaires s’en étaient tenus aux paroles de Jésus déclarant « il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père », et qu’il allait en préparer une pour ses disciples (Jean 14,2-4). Mais un rédacteur a ajouté dans la bouche de Jésus cette parole contradictoire, érigé en dogme par l’Église : « Nul ne vient au Père que par moi ! » Le christianisme est le culte d’un dieu jaloux [6], et cela signifiait en ce temps-là la diabolisation et la destruction de tous les cultes ancestraux, et de ce fait la rupture du lien qui unissait les Indo-Européens à leurs ancêtres.

Le choc était venu aux Romains au début des années 390, lorsque Théodose, le fils d’un propriétaire terrien établi en Hispania Carthaginensis et mort à Carthage (et donc très probablement d’origine phénicienne), après avoir accédé dans des circonstances mystérieuses au trône impérial d’Orient, prit le contrôle de l’Occident et imposa l’interdiction de tous les cultes non chrétiens, à l’exception de celui des juifs. Il fut d’abord interdit aux fonctionnaires d’honorer leurs Lares ou leurs Pénates. Il est difficile d’imaginer une politique plus agressive contre la vie organique des Gentils, et il est difficile de comprendre pourquoi et comment les élites romaines se sont soumises à l’injonction, avant de les imposer progressivement au peuple.

Certes, les gens ordinaires ont continué à prier leurs ancêtres à la maison, surtout hors des villes : l’Église les qualifiaient de pagani, c’est-à-dire « gens de la campagne ». Païens et paysans, c’était une seule et même chose. Néanmoins, « le christianisme opéra une rupture très nette par rapport aux croyances et aux usages qui avaient prévalu dans la société antique concernant les défunts », explique le médiéviste Michel Lauwers dans La Mémoire des ancêtres. Le Carthaginois Augustin composa vers 422 un traité sur « les soins dus aux morts », pour affirmer que les rites funéraires traditionnels sont inutiles, et que même le lieu et la manière dont les morts sont enterrés sont sans importance : « Les fidèles ne perdent rien à être privés de la sépulture comme les infidèles ne gagnent rien à la recevoir. » Dans un autre traité, l’Enchiridion, Augustin regrettait la persistance des chrétiens à vénérer leurs morts, parfois avec des banquets ostentatoires, tout en concédant que les funérailles chrétiennes, si elles ne sont d’aucune utilité pour les morts, sont néanmoins une consolation pour les vivants. [7]

Plutôt que d’essayer d’éradiquer le culte des ancêtres, l’Église s’est imposée comme le seul médiateur entre les vivants et les morts : les chrétiens pouvaient contribuer au salut des défunts en achetant des messes, ou par des aumônes que l’Église utiliserait pour nourrir et vêtir les pauvres. L’idée que les vivants pouvaient aider à soulager les souffrances des morts ordinaires a donné naissance à la doctrine du purgatoire, et à une source majeure de revenus pour l’Église. [8]

Si les vivants pouvaient, par l’intercession exclusive de l’Église, venir en aide à leurs morts souffrants, l’inverse n’était pas vrai. Seuls les saints qui avaient été officiellement admis au Ciel pouvaient conférer des bénédictions aux vivants (mais pas à leurs descendants, car, étant chastes, ils n’en avaient pas). [9] Les morts ordinaires, consumés par leurs peines purgatoires, ne pouvaient rien faire pour leurs parents mortels, et tous les signes que l’on croyait parfois recevoir d’eux n’étaient que des ruses du diable. Tous les rites, histoires ou croyances qui ne s’intégraient pas à la doxa cléricale furent interdits et entrèrent dans la clandestinité, se fondant lentement dans le folklore féerique, d’une manière que j’ai documentée dans mon livre La Mort féerique. [10] En érodant considérablement les liens de solidarité entre les morts et les vivants, le catholicisme a progressivement transformé la « mort solidaire » en « mort solitaire », selon l’expression de Philippe Ariès. [11]

De plus, la doctrine du péché originel, pierre angulaire du christianisme, implique que notre généalogie est spirituellement toxique, et que nous devons en être purifiés en naissant de nouveau « par le sang du Christ » dans le baptême (Éphésiens 2:11-13). De plus, « il est bon pour un homme de ne pas se marier », sauf pour celui qui ne peut s’empêcher de forniquer (1 Corinthiens 7). L’insistance de Jésus lui-même sur le salut personnel s’accompagne d’une forte hostilité aux liens du sang : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14 :26). Appliquant ce commandement à la lettre, les saints offerts comme modèles aux fidèles étaient réputés avoir rompu leurs liens familiaux et renoncé à toute possession mondaine. L’une des vies de saint les plus connues au Moyen Âge était celle de saint Antoine, le père du monachisme. Après avoir entendu pendant la messe Matthieu 19 :21 (« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi »), Antoine, issu d’une famille riche, « sortit aussitôt de l’église, donna les biens de ses ancêtres aux villageois », vendit le reste et donna l’argent aux pauvres, et enferma sa sœur dans un couvent. Puis il se retira dans le désert et vécut seul jusqu’à la fin de ses jours.

Bien sûr, on trouve des hommes saints vivant des existences solitaires et ascétiques dans des pays non chrétiens. L’Inde est un bon exemple. Mais Louis Dumont, un indianiste, a montré que le christianisme diffère des traditions indiennes d’une manière fondamentale. Les Indiens admettent que certains individus délaissent leur existence sociale pour rechercher l’illumination, tant que ces individus ne remettent pas en question l’ordre social et sa dynamique holistique, mais restent les exceptions qui confirment la règle. Le christianisme, selon Dumont, a bouleversé cet équilibre civilisationnel en déclarant que la sainteté est la seule vie parfaite et le seul chemin direct vers le Ciel, et que le salut hors de ce monde est la vocation de tout chrétien. En faisant du salut une affaire personnelle pour tous, le christianisme a centré l’individu sur lui-même et jeté les bases de l’individualisme occidental moderne, en passant par la démocratie (de « une âme par personne » à « un vote par personne »). [12]

La théorie atomique de l’âme, qui ne varie pas d’Augustin à Thomas d’Aquin, peut être considérée comme la source métaphysique de l’atomisation de la société occidentale. Chaque homme a une âme et une seule, qui ne lui vient pas de ses parents, mais de Dieu, lequel égrène les âmes comme les perles d’un chapelet. Seul le péché originel est transmis génétiquement.

Le pouvoir débilitant du christianisme n’échappait pas aux Romains qui, après le sac de Rome par les Wisigoths d’Alaric en 410, reprochèrent aux chrétiens d’avoir porté malheur à Rome en interdisant le culte immémorial des dieux pénates. Augustin a écrit La Cité de Dieu en réponse à cette accusation. Il argue que les souffrances endurées par Romains sont une bénédiction qui les a rapprochés de Dieu. Quant aux vierges violées, elles n’ont pas péché et donc leur âme est restée sans tache (sauf si elles ont éprouvé du plaisir). Dans sa fameuse Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain (1819), Edward Gibbon a fait écho à l’opinion des païens romains selon laquelle les chrétiens, avec les yeux fixés sur la Cité de Dieu, ont causé la chute de l’Empire romain :

« Cette indifférence indolente ou même criminelle pour le bien public les exposait au mépris et aux reproches des païens. On demandait aux partisans de la nouvelle secte quel serait le destin de l’empire, assailli par les Barbares, si tous les sujets adoptaient des sentiments si pusillanimes. À cette question insultante les apologistes du christianisme répondaient en mots obscurs et équivoques. Tranquilles dans l’attente qu’avant la conversion totale du genre humain, la guerre, le gouvernement, l’Empire romain, le monde lui-même, ne seraient plus, ils ne voulaient pas révéler aux idolâtres cette cause secrète de leur sécurité. On peut encore observer ici que la situation des premiers chrétiens se rapportait fort heureusement à leurs scrupules religieux, et que leur aversion pour une vie active, contribua plutôt à les détourner de servir l’État ou l’armée, qu’à les exclure des honneurs civils et militaires. » [13]

 

La fin du paganisme catholique

 

Il se peut que l’histoire de Radbod soit aujourd’hui hors de propos, puisque le christianisme est désormais la religion de nos ancêtres européens depuis, paraît-il, vingt générations ou plus. Et il est vrai que l’Église catholique a incarné l’identité européenne pendant plus d’un millénaire. En 1920, on pouvait encore déclarer, avec Hilaire Belloc : « l’Église est l’Europe, et l’Europe est l’Église » (Europe and the Faith, 1920). Mais le catholicisme de mes grands-parents n’avait pas grand-chose en commun avec le catholicisme d’aujourd’hui. Le premier différait du second comme un corps vivant de chair et de sang diffère d’un transi en décomposition.

Or la dimension charnelle du catholicisme était en grande partie constituée de paganisme. En effet, la thèse selon laquelle l’exclusivisme chrétien a détruit les traditions cultuelles européennes doit être tempérée par une antithèse : en pratique, cet exclusivisme était un inclusivisme dans une large mesure. Pour s’enraciner, l’Église a dû embrasser les traditions qu’elle ne pouvait étouffer. C’est ce que montre James Russel dans son ouvrage sur The Germanization of Early Medieval Christianity. [14] La vénération des ancêtres, en l’occurrence, semble avoir été peu affectée par la christianisation jusqu’à la réforme grégorienne : l’archéologie mortuaire en Gaule montre que, du Ve au VIIIe siècle, les morts étaient enterrés avec des vêtements, des bijoux, des animaux, des céramiques, des pièces de monnaie et des armes. [15] Triin Laidoner montre quant à lui dans Ancestor Worship and the Elite in Late Iron Age Scandinavia que le culte des morts persista dans la chrétienté nordique jusqu’à la fin du Moyen Âge :

« Le fait que les lois des XIIIe et XIVe siècles mentionnent souvent les sacrifices et les offrandes aux tumulus et que les ancêtres étaient clairement l’épine dorsale de l’ordre social et des normes économiques et juridiques montre que les traditions relatives aux ancêtres étaient si profondément établies en Scandinavie qu’elles ont survécu longtemps après la conversion au christianisme, et même jusqu’à l’ère moderne. » [16]

Malheureusement, tout ce qui restait du paganisme christianisé, le Concile de Vatican II l’a balayé. L’effondrement de la pratique religieuse commence alors, et avec lui la dissolution de la communauté villageoise, dont l’église était le point de ralliement. Ce processus est bien décrit par Patrick Buisson dans son récent ouvrage, La Fin d’un monde. Buisson reconnaît que Vatican II n’était pas pas le seul facteur : les tracteurs ont dévalorisé la solidarité rurale, et les pesticides se sont avérés plus efficaces que l’eau bénite. Néanmoins, avec Vatican II, l’Église, au lieu d’apporter au peuple un contre-poids à la modernité, lui a emboité le pas. « Le choix de l’Église en faveur d’une lutte implacable contre les superstitions favorisa à terme la déchristianisation en désincarnant la vie religieuse, en la privant de ce qui faisait d’elle une expression du sensible et du sentimental ; une rémanence des structures mentales archaïques. » Buisson dresse un portrait nostalgique de ce catholicisme, et fait sienne l’opinion du médiéviste Emmanuel Le Roy Ladurie selon laquelle la meilleure part du catholicisme était son paganisme :

« Polyphonie plus que syncrétisme entre Dieu, les hommes et la nature, la religion populaire affichait une sorte de piété dionysiaque faite de sincérité et de truculence, de pulsion et de trépidation. Vers la fin des années soixante, le jeune clergé, de plus en plus d’origine urbaine, n’était plus culturellement disposé à tolérer semblables accommodements. »

« L’effervescence de la fête surtout, cette exubérante dépense de forces physiques qui délivrait le “corps-outil” des fatigues du travail de la terre, qui libérait les hommes d’une vie quotidienne austère et répétitive, apparut comme la plus déroutante des énigmes pour ces intellectuels petits-bourgeois mal préparés au choc des cultures et qui, de surcroît, n’avaient jamais travaillé de leurs mains. Beaucoup, retrouvant les accents du jansénisme, s’insurgèrent dans leurs sermons contre ce qu’ils appelaient les “vestiges du paganisme” et prirent pour cible les usages populaires. » [17]

 

 

La foi de ceux qui « demandent la pluie et le beau temps » a été bannie : fini les rites agraires de bénédiction des semences et des moissons ! Le catholicisme a cessé d’être « la religion des saints », « une religion de médiation, une longue supplique ininterrompue à l’adresse de ces intercesseurs si proches et si bienveillants. » De nombreuses statues ont été retirées des absides où elles nichaient. Le miraculeux a été discrédité, et les processions, occasions de fêtes où se mêlaient eau de vie et eau bénite, ont été abandonnées comme autant de reliquats païens indignes de la nouvelle Église des Lumières.

Le culte de Marie, si enraciné que Notre-Dame d’Ici n’était jamais confondue avec Notre-Dame d’Ailleurs, est devenu suspect. Paul VI fronça les sourcils en novembre 1964 : « Que les fidèles se souviennent qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité. » Pendant des siècles, rappelle Buisson, l’icône de la mère de Dieu avait été « la figure hypostasiée de toute maternité », et les politiques natalistes avaient toujours pu compter sur Marie comme une alliée sûre. La chute de la natalité a suivi de très près celle de la fréquentation religieuse, même si, là encore, ce n’était pas le seul facteur.

Le sentiment religieux a été rationalisé. Le catholicisme populaire festif d’autrefois avait peu de contenu dogmatique. Mais maintenant que les volutes mystérieuses du latin s’étaient dissipées, les générations qui avaient été éduquées dans des écoles laïques étaient sommées de déclarer chaque dimanche qu’elles croyaient littéralement que Jésus était né d’une vierge et ressuscité d’entre les morts. La récitation du credo en français a été, je pense, l’un des pires coups portés au catholicisme : les gens d’honneur n’aiment pas mentir, surtout devant Dieu.

Il est cependant illogique de voir Vatican II comme une trahison du christianisme originel : c’est au contraire sa victoire ultime. Les clercs qui ont dirigé le Concile étaient les dignes héritiers des pères de l’Église, ces intellectuels urbains entichés de la dernière imposture juive et déterminés à détruire, à la manière biblique, tous les faux dieux des Gentils. Vatican II fut simplement le dernier coup porté par le christianisme contre le paganisme européen.

On ne peut, bien sûr, faire porter à Vatican II l’entière responsabilité de la rapide érosion de ce que le catholicisme traditionnel avait préservé du culte des ancêtres – ce qui n’était pas grand-chose, mais mieux que rien. Mai 68 est aussi passé par là, traînant dans la boue la piété filiale et les reliquats du patriarcat. Ajoutant l’insulte à l’injure, Halloween, cette parodie satanique de l’ancienne fête celtique des morts, profane maintenant notre jour des morts catholique.

Maintenant que les Européens ont totalement abandonné tout sentiment de dette envers leurs morts, les jeunes se soucient peu de la bénédiction de leurs parents, le mariage a cessé d’être une alliance de familles, engendrer ne répond qu’au « désir d’enfant », et les anciens, n’attendant rien au-delà, ne veulent plus mourir, préférant prolonger leur solitude en se faisant injecter du sang frais. Quant à la solidarité ethnique, elle n’est qu’une nostalgie impuissante si elle n’est pas enracinée dans la solidarité familiale et clanique. Or, seul un peuple dont l’esprit a été façonné par le christianisme depuis de nombreuses générations peut s’être laissé convaincre que « les races n’existent pas », et s’être rendu vulnérable à l’accusation de racisme au point d’accueillir des envahisseurs hostiles au nom de principes moraux universalistes, et de tout leur pardonner. La hiérarchie catholique approuve cette évolution. On ne peut l’en blâmer, car il n’y a rien dans le christianisme d’intrinsèquement favorable à la solidarité raciale ou ethnique. Le Dieu de l’Évangile qui ne connaît et n’aime que les individus – contrairement au Dieu de la Torah, qui ne connaît que les tribus et les nations – sera de peu d’aide dans les luttes à venir.

Je ne veux pas suggérer que, si suffisamment de foyers construisaient un autel pour leurs ancêtres, nos nations seraient sauvées. La « Danse des Esprits » n’a pas sauvé les Sioux en 1890. Mais je prévois le monde à venir comme un chaos social et moral où la capacité de survie, de résistance, de santé, de joie et d’épanouissement, dépendra de la construction de familles enracinées généalogiquement et géographiquement, et structurés par une sacralisation religieuse des liens de sang.

Nous voulons refonder une société organique. Or un organisme, depuis le niveau cellulaire, se caractérise par ses frontières. Lorsque les frontières de la nation ont été détruites – frontières physiques, mais aussi culturelles – lorsque le contrat social devient ouvertement hostile à la famille, alors s’impose la nécessité de rebâtir la forteresse du clan. L’avenir civilisationnel passe par une conscience de clan.

Il est peut-être souhaitable que les familles résistantes puissent, si elles en éprouvent le besoin, trouver un soutien dans le catholicisme, mais ce ne pourra être que dans un catholicisme émancipé de sa hiérarchie vaticane, qui assume à nouveau son héritage romano-barbare et renoue avec les valeurs anthropologiques fondamentales de celui-ci, y compris le patriarcat et la piété filiale. Car telle était la religion de nos pères.

Laurent Guyénot

 

Notes

[1] https://www.researchgate.net/public...

[2] Peter Brimelow, Alien Nation : Common Sense About America’s Immigration Disaster, HarperPerennial, 1991, p. xxi.

[3] William Hearn, The Aryan Household, its Structure and its Development, 1879, pp. 26-29.

[4] Martin P. Nilsson, Greek Popular Religion, Columbia UP, 1940.

[5] Numa-Denis Fustel de Coulanges, La Cité antique (1864), sur remacle.org.

[6] L’expression est de Jan Assmann, Le Prix du monothéisme, Flammarion, 2007.

[7] Michel Lauwers, La Mémoire des ancêtres. Le souci des morts. Morts, rites et société au Moyen Âge (Diocèse de Liège, XIe-XIIIe siècles), Beauchesne, 1997, p. 79.

[8] Dominique Iogna-Prat, Ordonner et exclure. Cluny et la société chrétienne face à l’hérésie, au judaïsme et à l’islam, 1000-1150, Aubier, 1998.

[9] Peter Brown, Le Culte des saints, son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, Cerf, 1996.

[10] Laurent Guyénot, La Mort féerique. Anthropologie du merveilleux (XIIe - XVe siècle), Gallimard, 2011.

[11] Philippe Ariès, L’Homme devant la mort, tome 1 : Le Temps des gisants, Seuil, 1977.

[12] Louis Dumont, Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Seuil, 1983, p. 35-81.

[13] Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain (1819), tome I, chapitre XV. 

[14] James C. Russel, The Germanization of Early Medieval Christianity : a Sociohistoric Approach to Religious Transformation, Oxford University Press, 1994, p. vi.

[15] Bonnie Effros, Merovingian Mortuary Archaeology and the Making of the Early Middle Ages, University of California Press, 2003.

[16] Triin Laidoner, Ancestor Worship and the Elite in Late Iron Age Scandinavia : A Grave Matter, Routledge, 2020.

[17] Patrick Buisson, La Fin d’un monde, Albin Michel, 2001, p. 228-229.

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  • #2906524
    Le 14 février à 19:32 par Renart
    Éloge du culte des ancêtres

    Quelques remarques sur ce texte suggestif et fondé, aux conclusions imparables.

    1) les agapes sur les tombes des morts étaient coutumières il y a peu encore dans l’Europe slave et baltique. En Bretagne et au pays de Galles aussi, c’était la "nourriture des âmes-souffles" (boued an Anaon ; bwyd cenaid y meirw) déposée sur les tombes.
    2) Dans les données indo-européennes, directes ou reconstruites, il convient de distinguer des périodes, qui vont du début de ce groupe (paléolithique final) à sa dialectalisation (aux âges des métaux), si j’ai bien compris les récents acquis de la recherche (notamment les travaux de J. Haudry).
    3) Les "Lois de Manou" indiennes (MDS) précisent qu’aucun culte n’est dû au-delà de la troisième génération. La raison est que les ptri rejoignent alors la troupe informelle des Esprits, qui se confond avec les daimones du peuple (âmes à naître) ou avec la troupe des esprits qui repasse sur terre durant l’eschatologie annuelle ("mesnie, chasses", etc.).
    4) Par conséquent, pas de culte des ancêtres sans appartenance à un groupe ethno-culturel. Le culte civique de la Cité est différent et paraît s’émanciper des conceptions lignagères, mais c’est pour renforcer la philia commune.
    5) Il n’y a pas de "paganisme catholique", c’est contradictoire dans la doctrine et la pratique, bien qu’on perçoive ce que recouvre cette expression. La "conversion" des Européens s’est faite par une suite de pressons administratives et une longue adaptation. Malentendu fondateur, mainmise calculée de la part des évangélisateurs décidés à imposer leur vérité. A cet égard la modernité marque la fin d’une ambiguïté. On peut le regretter.
    5) Et en France ?
    Le culte des ancêtres claniques ou lignagers est l’exact opposé de la doxa universaliste, qui s’est spécialement manifestée dans la pensée française. Pourtant, les notions demeurent...

    Il est vain de penser réconcilier "l’Occident" avec ses morts sans que les Européens ne renouent d’abord avec les notions d’ethnie, avec leurs langues ancestrales et leurs territoires, qui sont aussi des terreaux spirituels, sans qu’ils reconsidèrent la mort et la nature même, sans qu’ils fassent retour à ce que d’aucuns appelaient "le visage originel".

     

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  • #2906532
    Le 14 février à 19:56 par Ben
    Éloge du culte des ancêtres

    Augustin ( Saint) n’est pas carthaginois mais numide né à thageste aujourd’hui Souk Ahras en Algérie.
    selon Pline l’ancien : il a une origine exclusivement berbère.
    rétablissons l’hIstoire .

     

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    • #2906747
      Le 15 février à 09:04 par Laurent Guyénot
      Éloge du culte des ancêtres

      Wikipedia :



      Augustin appartient à une famille punique de la classe aisée, ... Augustin se considérait comme punique.



      Punique = Carthaginois
      Il semble qu’Augustin parlait le punique, presque identique à l’hébreu.

       
    • #2907213
      Le 15 février à 19:48 par Ben
      Éloge du culte des ancêtres

      Pardonnez -moi d’insister, et loin de moi de réduire votre excellent article pour ce simple détail, je persiste néanmoins dans mon codex.

      Augustin d’Hippone a été et restera numide, il l’est de par sa mère Monique (Sainte) berbère d’Hippone et du lieu où il est originaire, Hippone ville qui appartenait au royaume de l’antique Numidie.

      Le nom Monique est formé sur la racine Monn, nom indigène bien attesté.

      la langue punique était une langue sémitique du sous groupe cananéen, parlée à travers toutes l’Afrique du Nord et d’autres terres contiguës.
      Au temps d’Augustin, on parlait le « Neo-Punique » langue fortement influencée par les langues berbères locales, pour preuve, le nombre considérable d’inscriptions libyques ( paléo-berbères)

      Certes ! Augustin parlait le carthaginois, il parlait également le latin, pour autant cela ne fait de lui un romain.
      Augustin, n’est pas Carthaginois mais bien Numide d’Hippone ( Souk- Ahras) en Algérie, désolé la terre ne ment pas.

       
    • #2907627
      Le 16 février à 14:31 par Laurent Guyénot
      Éloge du culte des ancêtres

      Je m’incline. J’ai peut-être fait une fixation sur Carthage, parce que je suis intrigué par l’hypothèse d’une origine carthaginoise (donc phénicienne) de la chrétienté latine en particulier. Tertullien et Cyprien sont bien carthaginois, n’est-ce pas ? D’après ce que j’ai lu, non seulement le punique est très proche de l’hébreu, mais il y a de bonnes raisons de penser que depuis la destruction de Carthage par les Romains (et peut-être déjà depuis la destruction de Tyr par Alexandre le Grand), les Phéniciens sont attirés dans la sphère judaïque. En tout cas, il y a un mystère certain autour de ces chrétiens d’Afrique du nord ou de Syrie qui parlent si bien l’hébreu et sont si attachés à la Torah, mais ne sont pas juifs.

       
    • #2907833
      Le 16 février à 22:32 par Aino Corona
      Éloge du culte des ancêtres

      @Laurent Guyénot

      Merci de toujours prendre le temps de répondre aux commentateurs, de débattre, et même dans le cas échéant, d’avoir l’humilité de reconnaître une erreur ( mineure ).

      Merci aussi pour votre travail et pour vos articles qui ouvrent de nouveaux horizons.
      J’ai ,de plus, l’impression qu’ils sont de plus en plus nombreux. Ce qui est une très bonne chose.

      Respectueusement.

       
  • #2906622
    Le 14 février à 23:20 par Thib
    Éloge du culte des ancêtres

    Je ressens toujours chez Guyénot une certaine défiance pour le catholicisme, qui est justement celle qu’on retrouve chez certains païens. Comme catholique, cela ne m’est pas agréable.
    Mais pour autant, je lis chacun de ses articles avec beaucoup d’intérêt : ses réflexions et son opinion sont vraiment stimulantes et instructives. Car mon Dieu notre histoire n’est pas un long fleuve tranquille, et heureusement.

     

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    • #2907353
      Le 16 février à 03:44 par Lérins
      Éloge du culte des ancêtres

      Catholique comme vous Thib, je comprends 5/5 votre sensation dont la raison me semble être que Laurent - avec l’extrême audace intellectuelle qu’on lui connait - porte le fer là où ça fait mal, et j’apprécie infiniment votre honnêteté de vous reconnaitre stimulé car il ne cherche jamais à blesser quiconque, ni même à convaincre.

      "Qui m’aime me suive" telle semble être sa devise, sur les chemins escarpés de la découverte, et peut-être un jour de l’émerveillement. Il nous en a déjà délivré quelques éblouissantes pistes (Les Kennedy etc.). En totale cohérence avec ce site E&R, qui ne cesse d’ausculter le réel, sans la moindre complaisance.

       
    • #2907383
      Le 16 février à 08:01 par John Titor
      Éloge du culte des ancêtres

      La plupart d’entre eux sont d’anciens athées gauchistes, comme le montre souvent leurs physique.Ce sont souvent des gens qui ont un problème avec les autres blancs, ils detestent donc le christianisme car ils l’assimilent à la religion des gens normaux.Y’a pas vraiment d’autre chose à chercher chez eux, ils sont paiens car c’est ce qui se rapproche le plus des cultes des peuplades du tiers-monde qu’ils admirent, étant dans l’impossibilité de changer leurs origines ethniques. En plus comme il s’agit de religion mortes il y’a plus de 1000 ans, et qu’elles ne possèdent pour ainsi dire par de règles écrites, on peut y mettre ce que l’on veut, ce qui se revele pratique lorsque l’on se est inadapté à la vie en société.

       
  • #2906715
    Le 15 février à 08:06 par Zhuge Liang
    Éloge du culte des ancêtres

    Au Vietnam, pays communiste d’ "ultra-droite", églises comme pagodes poussent toujours comme des champignons. Le Christ présente de nombreuses similitudes avec le Bouddha, vécu et message (certains verraient ses "années perdues" en Inde), les deux religions font plutôt bon ménage. Le culte des ancêtres y est largement répandu mais c’est plus le matérialisme américain qui le menace que tout autre religion. Le pratiquant depuis plus d’une décennie, un Vietnamien soixantenaire s’en étonnait car ses propres enfants (qu’on imagine facilement nouveaux riches à Saïgon) ne le font plus (génération Doi Moi).
    PS : Concernant les paroles du Christ, il ne faut jamais oublier à qui il était censé s’adresser spécifiquement, et ce n’était ni toujours des Chrétiens ni à vocation universelle.

     

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  • #2907303
    Le 15 février à 23:10 par Roger
    Éloge du culte des ancêtres

    Le pardon de Kergoat - Quéménéven, certes les papacitos qui se croient plus celtes que celtes en buvant de l’huile d’olive et en votant Zemmour (Bolloré Goldschmidt -papier OCB, fait tourner) ne comprendront rien. Mais nous, nous savons !

     

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  • #2907648
    Le 16 février à 15:23 par anonyme
    Éloge du culte des ancêtres

    On a perdu le culte de nos ancêtres ainsi que de tant d’autres choses, dont notre identité collective, pour avoir tourné le dos à la religion en général. La laïcité qu’on nous a vendu à marche forcée, nous a transformés en agnostiques en perdition.

     

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  • #2907934
    Le 17 février à 07:11 par Tator
    Éloge du culte des ancêtres

    Il m’apparaît qu’il y néanmoins chez les catholiques une tendance marquée plus fortement dans les campagnes à vouloir faire vivre le lien avec des disparus . Selon moi de par la place centrale de la mort dans le dogme et le culte , l’accent mis sur les liens , père fils , mère fils , l’idée du lien de sang symbolique devenu spirituel et transcendant , et précisément au coeur du culte , ont pu favoriser des interprétations qui ont maintenu les rites antérieurs et cela dans les populations des campagnes La contradiction apparente , du fait de l’absence de clarté sur la nature de l’âme et d’un devenir vague pour les défunts , malgré les paroles tranchantes de Jésus , l’église a laissé faire et même favoriser les traditions dès lors qu’elles pouvaient épouser le christianisme . On t’offre la vie éternelle mais tu peux cultiver l’ignorance et la mort , mais on va créer des cimetières , on centralise , c’est mieux que le grand père sous la maison , ou les os et le crâne au dessus du foyer , a l’extrême on mange ses morts , ça existe .
    Là où les choses deviennent délirantes , ça a été d’exsposer Jésus sur la croix , partout , tu n’adore pas Jésus mais sa souffrance et puisqu’il est mort pour tes péchés , c’est un peu ta faute s’il doit connaître le calvaire . Super ! Mais bon ça va passer si tu mange sa chair et boit son sang . Quand ils ont prêché ça dans l’empire romain , les chrétiens sont passés pour des cannibales , puis un saut qualitatif , pour des mangeurs d’enfants . A mon avis c’est le coup de l’eau en vin qui a intéressé le romain .

     

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  • #2907989
    Le 17 février à 10:01 par Nostalgia
    Éloge du culte des ancêtres

    Créez les arbres genealogiques de votre père et de votre mère si ce n’est déjà fait et complétez-les en remontant le plus loin possible dans le temps (au moins jusqu’au 19e siècle, et c’est là qu’on se rend compte que la "Révolution" française n’était pas loin). Vous trouverez des infos dans les Mairies des grandes villes et aux Archives Départementales.
    Rédigez une petite autobiographie pour vos enfants et petits-enfants ou alors un genre de CV très détaillé.
    Interviewez et enregistrez vos grands-parents.
    Entretenez les tombes de vos ancêtres en compagnie de vos enfants et petits-enfants.
    Allez-y au moins deux fois par an, arrachez les mauvaises herbes, nettoyez et polissez les inscriptions en cuivre, expliquez-leur qu’il faudra redorer les inscriptions gravées sur les pierres tombales et aider les mairies à garder à jour leurs fichiers pour le renouvellement des concessions.
    Si vous devez choisir une nouvelle pierre tombale pour une tombe récente, choisissez une pierre qui la recouvrira complètement car il ne faudra pas trop compter sur vos descendants pour venir y arracher les mauvaises herbes après votre décès.
    Rendez-vous de temps à autre sur les tombes d’ancêtres situées dans d’autres communes que la vôtre car vous risquez d’avoir des surprises (tombes saccagées - par exemple plaques de leurs ancêtres dévissées sur la stèle et brisées - pour diverses raisons, comme chez mes grands-parents. J’ai tout de suite compris pourquoi et quels pouvaient en être les auteurs potentiels).
    N’oubliez pas de fleurir les tombes pour Noël, Toussaint et Pâques. Il y a des fleurs et plantes très résistantes, qui tiennent longtemps sans arrosage même en hiver comme les pensées, la bruyere, et au printemps, après les gelées, les dipladenia à retirer avant les gelées de la Toussaint.
    Il existe aussi des lanternes se chargeant au soleil le jour et brillant la nuit (en vente à Cora à moins de 10 euros).
    Donc pas beaucoup d’entretien.
    Encadrez des photos de vos ancêtres et offrez-les à vos enfants.
    Si vous êtes abonnés à Famileo, ajoutez- y de temps à autre des photos de vos ancêtres et de leurs tombes, pour vos enfants et leurs enfants.
    Bonne chance et bon culte des ancêtres.

     

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    • #2908788
      Le 18 février à 14:29 par Tator
      Éloge du culte des ancêtres

      Déjà de leur vivant je ne pouvais pas les encadrer , alors maintenant qu’ils sont morts . Néanmoins j’ai participé à une cérémonie destinée à leur éviter un séjour en enfer , c’est un devoir qu’on ne peut accomplir que dans le détachement et le pardon . Et bien que ce rituel se fasse généralement 12 jours après le décès , me semble-t-il , il peut être fait ou répété n’importe quand . Selon ma foi , celui qui devient saint et libéré délivré du même coup 12 générations avant lui et 12 après lui . C’est pourquoi celui qui s’abandonne au service d’amour pour Dieu , n’a plus aucun devoir à accomplir , ni de règles à suivre , néanmoins s’il en va de l’intérêt spirituel de tous il s’y conforme pour l’exemple .

       
  • #2908873
    Le 18 février à 16:50 par Bé Bé
    Éloge du culte des ancêtres

    Disons à nos proches que nous les aimons, aidons-les à grandir et remercions-les pour l’Amour inconditionnel qu’ils nous donnent et nous ont donné.
    Beaucoup d’Amour, de Tendresse, de Lumière dans nos Cœurs confiants et reconnaissants.

    Remercions nos ancêtres pour tout ce qu’ils nous ont apporté.

     

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    • #2909331
      Le 19 février à 11:55 par Blaise
      Éloge du culte des ancêtres

      Et si on n’arrive pas à faire le deuil des morts ?
      Jeunes et moins jeunes.
      Nous aurions besoin d’une baguette magique, comme dans les contes de fée.
      Ou sans baguette magique, le miracle du baiser du Prince qui reveille Blanche Neige. Grâce à sa marraine la fée.

      Certains paieraient cher pour faire revenir des morts, même âgés, qui voulaient encore vivre et formaient de nombreux projets.
      L’ex-réveil d’un membre décédé de ma famille sonne régulièrement sans qu on n y touche, toujours après 10h. Signification ?
      Au moins une foi par semaine
      Si j’arrivais a le faire revenir avec la certitude qu il le souhaite vraiment, je serais prêt à renoncer a la moitié de l’héritage que je toucherai après le décès de son conjoint. auquel je souhaite de vivre encore aussi longtemps qu’il le souhaite
      La vie n’a pas de prix. Le bonheur non plus.
      Ni l’amour.

       
  • #2910065
    Le 20 février à 15:17 par René
    Éloge du culte des ancêtres

    Je suis particulièrement content de lire cet article de Laurent Guyénot, car je suis convaincu qu’il y a là un débat nécessaire. Bien qu’il me semble que tout ça a déjà été largement et très profondément analysé à la fin du XIXème par Nietzsche. (Voir son amitié avec Wagner qui était en train de remettre au premier plan les mythes anciens et sa grande déception lorsque celui-ci se convertit au catholicisme (de la fin du XIXème)). Il semble que cet auteur soit encore largement inconnu ou dénigré (certes il ne gagne pas grand chose à être défendu ou "expliqué" par un Rochedy par exemple).
    Mais apparemment encore trop de gens (à en juger par les commentaires reçues souvent) refusent ce débat. Pourtant c’est pour nous, en France, un débat crucial. Et qui va très loin.
    Je pense que se considérer comme un être issu et appartenant à un groupe, lié à une terre (la terre de ces ancêtres) est certainement la base de la légitimité : combien de français son aujourd’hui convaincu que la France a toujours été une terre de passage de peuple divers...
    Par ailleurs, il faut répéter qu’il y a une grande différence entre individualité et individualisme. Ce même individualisme est je crois plutôt le fait des penseurs des "lumières" et autres apôtres de la religion du Progrès (bien que cela ait une origine chrétienne mais en opposition à celui-ci, ou comme la promesse de sa réalisation concrète -le Progrès nous promet un paradis sur terre, plus dans le ciel).
    Aimer sa terre, c’est la base. L’aimer, sans vouloir la juger ou l’améliorer. C’est une des différences fondamentales qui existent entre les Anciens et les modernes : les uns l’ acceptent, la respectent, la révérent, les autres la jugent et veulent la changer.
    Les uns ont le cultes des Ancêtres, les autres le culte de la jeunesse !

     

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