Egalité et Réconciliation
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Qu’est-ce que le gnosticisme ?

Ma spécialité d’ingénieur étant les systèmes radars, j’ai été embauché en 1985 par la Thompson-CSF, qui m’expatria à Orlando (Floride) pour travailler sur les systèmes de reconnaissance des formes [1] de missiles intercontinentaux, dans le cadre d’un programme ultra-top-secret dont je n’ai jamais rien su.

 

Avec mon premier salaire, je me suis acheté une Harley-Davidson (le petit modèle, la Sportster). J’avais une fascination pour ces machines. Malheureusement, ma Harley m’a entraîné vers de mauvaises fréquentations. J’ai quitté mon job au bout de trois mois, et ai vaqué à diverses inoccupations qui ont vite épuisé mon petit pactole.

C’est alors que j’ai découvert les merveilles du système de santé américain. Savez-vous que, si vous avez mal aux dents aux États-Unis, vous pouvez vous rendre dans un centre de soins gratuits ? Mais attention, la gamme de soins est limitée : en général, on vous arrache la dent douloureuse (ou celle d’à côté). À l’époque, j’avais beaucoup de dents, et en perdre trois ne m’a pas inquiété. Mais trente années plus tard, je paie le prix de mon manque d’hygiène dentaire, et il ne me reste que deux molaires antagonistes. C’est peu pour mâcher, ce qui fait qu’à table, je dois parfois choisir entre manger et parler.

Le dilemme a été cruel dimanche dernier, lorsque j’ai eu le plaisir de déjeuner avec une quinzaine de militants d’Égalité & Réconciliation, que je salue chaleureusement au passage. Occupé à mastiquer mon croque-monsieur, j’ai un peu bâclé ma réponse à la question que m’a posée notre hôte :

« Que penses-tu de la gnose ? »

Sur le chemin du retour, je me suis dit que la question méritait peut-être un article.

Après cette introduction indispensable – ne serait-ce que pour comprendre que le rapport entre gnosticisme et Harley-Davidson est ténu – passons au cœur du sujet. À la question « qu’est-ce que la gnose ? », la réponse est simple : tout et n’importe quoi. Gnose vient du grec gnosis que l’on traduit par « connaissance ». C’est un mot cool. Dans le domaine religieux, gnosis est souvent associé à l’expérience mystique, et les Pères de l’Église l’ont parfois employé dans ce sens. Mais le terme est aussi associé à un courant combattu par ces mêmes Pères de l’Église : les gnostiques (gnostikoi). En raison de son antagonisme historique au dogme et à l’institution catholiques, ce courant a depuis très longtemps une image positive dans les milieux spiritualistes anticléricaux ou ésotérisants. On pourrait s’amuser à chercher les points communs entre tous les mouvements qui se réfèrent à la « gnose », mais ça n’apporterait pas grand-chose.

Je vais plutôt résumer ce que j’ai appris d’intéressant sur les premiers gnostiques, par quelques lectures récentes qui ont corrigé certaines de mes conceptions dépassées. J’ai en effet découvert que la connaissance des gnostiques avait beaucoup progressé depuis trois décennies.

 

Les gnostiques et le rejet du monde

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les gnostiques étaient connus principalement par leurs détracteurs, notamment Irénée de Lyon [2], qui leur consacra un livre à la fin du IIe siècle : Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur [3]. Les historiens disposaient de très peu d’écrits gnostiques authentiques. Mais le corpus disponible s’est considérablement enrichi depuis la découverte en 1945 d’une bibliothèque enfouie au IVe siècle dans un cimetière à Nag Hammadi [4], en Égypte, comprenant une cinquantaine de textes répartis en 13 codex de papyrus reliés en cuir.

Une hypothèse plausible sur l’origine de la bibliothèque de Nag Hammadi est qu’elle provient du plus ancien monastère chrétien connu, fondé par saint Pacôme [5]. Lorsque les moines reçurent en 367 ap. J.-C. la Lettre festale 39 d’Athanase d’Alexandrie [6] (première attestation connue du canon du Nouveau Testament), ils décidèrent de cacher leurs chers évangiles gnostiques avant qu’ils ne tombent entre les mains des censeurs.

Le caractère gnostique de certains textes de Nag Hammadi, comme l’Évangile de Thomas (déjà connu par ailleurs), est discutable, mais la grande majorité est indiscutablement gnostique. Il a fallu quelques décennies pour que ces textes soient déchiffrés, édités, traduits, interprétés, discutés.

Il est admis que le courant gnostique coexiste depuis les débuts du christianisme avec le courant qui l’emportera finalement en le refoulant dans l’hérésie. C’est d’ailleurs l’image que donnent les pères de l’Église, puisque Irénée attribue la paternité de l’hérésie gnostique à Simon le Mage [7] (ou le Magicien) personnage qui entre en conflit avec Pierre dans les Actes des Apôtres (chapitre 8).

L’un des traits communs les plus marquants des gnostiques est leur rejet de l’Ancien Testament et de son Dieu. Irénée écrit sur Marcion [8], qui au IIe siècle avait établi une église structurée :

« [Cerdon] eut pour successeur Marcion, originaire du Pont, qui développa son école en blasphémant avec impudence le Dieu annoncé par la Loi et les prophètes : d’après lui, ce Dieu est un être malfaisant, aimant les guerres, inconstant dans ses résolutions et se contredisant lui-même. Quant à Jésus, envoyé par le Père qui est au-dessus du Dieu Auteur du monde, […] il s’est manifesté sous la forme d’un homme aux habitants de la Judée, abolissant les prophètes, la Loi et toutes les œuvres du Dieu qui a fait le monde et que Marcion appelle aussi le Cosmocrator. »

Le Marcionisme se répandit dans toutes les provinces de l’Empire, et particulièrement en Afrique du Nord. Vers 208, le Carthaginois Tertullien se plaignit que « la tradition hérétique de Marcion remplissait l’univers » (Contre Marcion). Il nous dit aussi qu’à la même époque, un autre maître gnostique nommé Valentin [9] devint presque évêque de Rome.

Avec des nuances, les gnostiques considèrent que le monde matériel a été créé par un mauvais démiurge, généralement assimilé à Yahvé, tandis que le Christ a été envoyé par le vrai Dieu pour nous libérer de ce monde. La procréation est considérée comme relevant du monde mauvais et perpétuant l’aliénation de l’homme dans la matière. Les textes gnostiques élaborent une cosmogonie complexe impliquant des puissances angéliques pour expliquer comment le plan divin initial a été contrarié. L’Apocryphon de Jean, daté du IIe siècle, est le plus représentatif de ce courant. C’est une révélation sur la création du Cosmos. La Monade, principe divin supérieur, produit d’abord la « première pensée », qui est aussi le premier éon et « le premier homme ». Le dernier des éons créés, Sophia, perturbe le processus créateur et produit un monstre, Yaltabaoth, première d’une série d’entités démoniaques appelées archontes. Yaltabaoth, derrière lequel on reconnaît Yahvé, engendre le monde d’en-bas et proclame :

« Je suis un dieu jaloux, il n’y en a pas d’autre que moi. »

Puis Yaltabaoth et les autres archontes tentent d’emprisonner Adam dans le jardin d’Éden, un faux paradis. Mais le Christ, qui est le premier éon, lui envoie Ève pour libérer la lumière emprisonnée en lui, et le conduire à consommer le fruit libérateur de l’Arbre de la Connaissance.

 

Origine juive du gnosticisme

Quelle est l’origine de ce courant gnostique ? L’opinion des spécialistes a beaucoup évolué sur cette question. On pensait auparavant, d’une part, que le gnosticisme était un phénomène propre au christianisme, et, d’autre part, qu’il s’était constitué sous l’influence prépondérante de l’hellénisme, en particulier du platonisme. La formule du savant Adolf von Harnack (1851-1930), selon laquelle le gnosticisme est « une hellénisation aiguë du christianisme », faisait autorité [10]. On reconnaît aujourd’hui que le gnosticisme est un courant proprement juif, dont la source est antérieure au christianisme. S’il a subi une influence hellénistique, c’est surtout par l’intermédiaire du juif Philon d’Alexandrie [11]. La cosmogonie gnostique, dont on vient de voir une version avec l’Apocryphon de Jean [12], emprunte à des livres juifs extra-canoniques comme le Livre d’Hénoch, d’où provient le thème de la chute des anges.

Tout porte à croire que le gnosticisme est issu de Palestine, peut-être plus précisément de Samarie, et qu’il s’est répandu en Anatolie et en Afrique du Nord durant et après les guerres judéo-romaines (68-135), donc en même temps que le christianisme auquel il s’est étroitement mêlé. De l’avis de Gilles Quispel, dont les travaux font autorité, le gnosticisme est une hérésie juive avant d’être une hérésie chrétienne, et durant les trois premiers siècles, il existe des gnostiques chrétiens et des gnostiques anti-chrétiens, mais tous sont juifs [13]. Même les textes gnostiques chrétiens les plus anciens, comme l’Apocryphon de Jean ou l’Évangile de Vérité [14], ne sont chrétiens que de façon superficielle : ils ne font jamais référence à la vie terrestre du Christ, mais présentent celui-ci comme un principe angélique, un éon supérieur, assimilé au Fils de l’Homme [15] du Livre de Daniel.

Après le marcionisme vint le manichéisme, le courant gnostique qui eut la plus durable influence dans l’Empire Romain – et en Orient jusqu’en Chine. Jusqu’au Moyen Âge, les gnostiques (les Cathares par exemple) sont qualifiés de Manichéens par leurs adversaires. Mani étant né et mort (vers 275) en Perse, on pensait que son gnosticisme était d’origine zoroastrienne. Là aussi, l’opinion des spécialistes a changé. Selon Quispel, il est aujourd’hui établi une fois pour toutes, grâce notamment au Codex Mani de Cologne [16] découvert en 1969, que Mani est issu d’une communauté de juifs chrétiens, les Elkasaïtes [17]. Cette secte appartenait à une mouvance juive hétérodoxe très portée sur les ablutions, et qualifiée pour cela de « baptiste ». Le Coran les connaît sous le nom de Sabéens [18]. Dans cette mouvance se rangent les Mandéens [19], qui sont des Baptistes installés en Irak (ils étaient encore plusieurs dizaines de milliers au sud de l’Irak avant l’agression américaine de 2003). Les Mandéens tirent leur nom de l’araméen manda, « connaissance ». Leurs mythes et leurs rites attestent qu’ils sont originaires de Palestine, probablement exilés durant les guerres judéo-romaines. Une de leurs particularités est de vénérer Jean-Baptiste mais de rejeter Jésus comme dissident et imposteur, ce qui apporte un éclairage intéressant sur les conflits entre les disciples de Jean et les disciples de Jésus dont témoignent les évangiles canoniques et d’autres textes anciens (tout cela est détaillé dans mon livre Jésus et Jean-Baptiste. Enquête historique sur une rencontre légendaire [20]). Les Mandéens illustrent le fait que le gnosticisme, qui est issu du même judaïsme hétérodoxe que le mouvement de Jésus, s’est scindé en un gnosticisme chrétien (par exemple les Elkasaïtes) et un gnosticisme anti-chrétien (les Mandéens), tout en restant juif hétérodoxe de culture.

 

Gnosticisme et christianisme

On trouve aux sources du christianisme deux courants juifs très opposés : d’un côté, ceux qu’on nommera les Ébionites [21], issus de la communauté de Jérusalem et fidèles à la Loi mosaïque (dont la circoncision) et refusant de diviniser Jésus ; de l’autre les gnostiques, qui rejettent l’Ancien Testament et son dieu.

Les Ébionites gardent le souvenir du Jésus terrestre, mais aussi de son frère Jacques le Juste – notoirement légaliste –, tandis que les gnostiques ne s’intéressent qu’au Christ céleste. Les Ébionites, nous informe Irénée, « rejettent l’apôtre Paul qu’ils accusent d’apostasie à l’égard de la Loi ».

Au contraire les gnostiques ont une vénération particulière pour Paul, qui comme eux ne s’intéresse pas au Jésus terrestre. Paul affirme clairement qu’il doit sa conversion à une rencontre directe avec le Christ ressuscité, et non à un enseignement transmis par les apôtres (Galates 1,12). Marcion fut le premier à réunir les épîtres authentiques de Paul. Selon certains auteurs, la forme actuelle de ces épîtres est le résultat d’un remaniement par les ennemis catholiques de Marcion, qui ont également produit les épîtres jugées aujourd’hui « apocryphes » pour contrer les tendances gnostiques des épîtres authentiques, ainsi qu’une biographie de Paul dans les Actes des Apôtres visant à neutraliser le souvenir de son opposition à Pierre [22].

Cet arrière-plan complexe se prête à diverses hypothèses. Le Christ des gnostiques ne serait-il pas antérieur aux biographies évangéliques du Jésus terrestre ? C’est ce que pensent certains historiens, notamment Earl Doherty qui a récemment renouvelé cette problématique [23]. Quoi qu’il en soit, il semble que le christianisme qui s’est finalement imposé au IVe siècle est le produit d’un syncrétisme entre les tendances gnosticisantes (fondées sur Paul) et les tendances anti-gnosticisantes fidèles à la Torah. Ces deux tendances constituent une tension interne au Christianisme qui par certains aspects rejette le monde et par d’autres cherche à le conquérir.

 

La dialectique du serpent

L’une des caractéristiques les plus étranges de certains gnostiques (pas tous) est leur interprétation positive du serpent de la Genèse (chapitre 3). Les Ophites [24] (du grec ophis, « serpent ») aussi appelés Naassènes (de l’hébreu naas, « serpent »), sont une secte gnostique apparue en Syrie et en Égypte vers l’an 100 de notre ère. Selon Irénée, les Ophites enseignent que « la Mère divine utilisa le serpent pour conduire Adam et Ève à désobéir aux ordres de Yaltabaoth et acquérir la connaissance, incitant ainsi la colère de ce dernier, qui a jeté le serpent dans le monde inférieur, avec Adam et Ève ». Selon Augustin, les Ophites assimilent le serpent au Christ mais selon Tertullien, « ils magnifient le serpent à un tel degré qu’ils le placent même devant le Christ […]. "Car c’est le serpent, disent-ils, qui nous a donné l’origine de la connaissance du bien et du mal" ». Théodoret de Cyr [25] décrit vers 440 des hérétiques de Syrie qu’il présente comme des Marcionites vénérant le serpent qui dévore sa propre queue (l’ouroboros [26]). [27]

 

 

L’une des questions qui se pose est celle du rapport exact entre ce culte gnostique du serpent et le récit de Genèse 3. On considère généralement que les gnostiques ont retourné comme un gant l’interprétation biblique négative du serpent et de l’arbre de la connaissance, en suivant la logique : puisque Yahvé est un mauvais démiurge, c’est que le serpent est du côté du bien. Lorsqu’il promet à Adam et Ève le moyen de « connaître le bien et le mal » pour « ne pas mourir » et « être comme des dieux (elohim) », il ne ment pas, contrairement à ce que prétend Yahvé. Les gnostiques auraient donc choisi de faire du méchant de la Bible le gentil de leur histoire alternative.

Cette hypothèse pose une difficulté : on ne fonde pas une doctrine religieuse par simple inversion d’une autre doctrine religieuse. De plus, les exégètes ont depuis longtemps décelé que le récit biblique est lui-même polémique. Il est assez évident que derrière le serpent qui promet la connaissance et l’immortalité se cachent des cultes que le scribe biblique entend délégitimer. J’ai déjà évoqué cette thèse dans deux articles publiés fin 2018 ( L’interdit de la connaissance du bien et du mal comme fondement biblique ) et début 2019 ( La matrice biblique de l’inversion accusatoire ). Je mentionnais alors l’hypothèse que la polémique était dirigée contre le culte cananéen de Baal.

Mais il y a une meilleure solution à l’énigme. La Bible elle-même suggère que la polémique de Genèse 3 est dirigée vers l’intérieur, et non vers l’extérieur du monde judéen-israélien. On apprend en effet en Nombres 21,9 que Moïse façonna, sur instruction de Yahvé, un serpent d’airain qui, placé sur un étendard, guérissait des morsures de serpent (ce qui nous rappelle le bâton d’Asclépios [28] et son serpent devenu symbole de la médecine). On lit ensuite en 2 Rois 18,4 que le roi de Judée Ézéchias, grand pourfendeur d’idoles, « mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fabriqué. Jusqu’à ce temps-là, en effet, les Israélites lui offraient des sacrifices ; on l’appelait Nehushtân ».

Il semble donc très plausible que le récit de Genèse 3 était dirigé contre le culte israélien (c’est-à-dire samaritain) du serpent de Moïse. Dans ce cas, étant donné que le serpent de Genèse 3 s’exprime comme un gnostique, nous devons conclure que le culte israélien visé par Genèse 3 était gnostique, ou proto-gnostique.

Nous rejoignons ainsi la thèse aujourd’hui solidement établie selon laquelle le gnosticisme est d’origine juive et antérieure au christianisme, auquel il s’est greffé. Autrement dit, plutôt que de considérer que les gnostiques ont décidé d’inverser le récit biblique et de parler comme le serpent, ce sont en réalité les scribes bibliques qui ont décidé de faire parler le serpent comme les proto-gnostiques samaritains adorateur du serpent de Moïse. C’est d’autant plus plausible que de nombreux indices relient le gnosticisme du premier siècle après Jésus-Christ à la Samarie, à commencer par Simon le Mage et tous ses disciples.

Que cette hypothèse soit fondée ou non, il demeure que, selon les dernières découvertes, le gnosticisme est un mouvement de pensée typiquement juif, et non pas hellénistique. Son rejet métaphysique du monde, et tout particulièrement du corps humain, est d’ailleurs contraire à l’esprit grec, qui a sublimé l’esthétique corporelle. Mais comment expliquer que l’hébraïsme, religion matérialiste fondée sur le déni de l’Autre Monde et entièrement orienté sur la perpétuation de la race, ait suscité son exact opposé, le gnosticisme ? Une explication simple vient à l’esprit : la religion hébraïque et la tradition biblique (ce que je nomme le yahvisme) produit inévitablement, chez un grand nombre de juifs, une forme de dégoût. Le matérialisme juif, en particulier, produit chez les juifs spirituels un dégoût du monde matériel. C’est une dynamique interne lié au caractère pathologique du judaïsme, qui s’exprime par un extrême ou l’autre au lieu de tendre vers l’équilibre.

À cela s’ajoutent les catastrophes des guerres judéo-romaines, dont Yahvé peut être tenu responsable, lui qui n’a pas tenu ses promesses. Enfin, il y a une logique interne au scénario gnostique de la création, qui prend la forme d’une double contrainte : Yahvé est un dieu mauvais (rejet de la tradition biblique) ; mais c’est lui qui a créé le monde (acceptation du paradigme biblique) ; donc le monde est mauvais. Le gnosticisme est un de ces mouvements juifs anti-juifs, par lequel des juifs cherchent à rompre avec le judaïsme sans parvenir à cesser d’être juif.

Il y aurait certainement plus à dire, et d’autres angles possibles. On peut par exemple s’interroger sur le rapport entre le gnosticisme et la Kabbale, car tous deux font grand cas des puissances angéliques et de la magie permettant de les contrôler.

 

Et le récentisme dans tout ça ?

L’hypothèse d’un lien entre le culte du serpent de Moïse et le gnosticisme du premier siècle de notre ère pose un problème chronologique. Le problème n’est pas vraiment de savoir si le serpent de Moïse a existé, mais plutôt à quelle époque ont été rédigés les deux passages bibliques qui en parlent, et à quelle époque a été rédigé le récit polémique de Genèse 3. Sur la question de la datation de la Bible hébraïque, bien des incertitudes pèsent encore. La thèse la plus conservatrice est qu’elle fut éditée à la fin de la période babylonienne ou durant la période perse, par Esdras et son équipe (voir ma conférence « La conspiration d’Esdras »). Cependant, on sait que le canon du Tanakh ne fut vraiment établi que durant la période des rois hasmonéens (140-37 av. J.-C.) [29], qui échouèrent à soumettre entièrement la Samarie (les Samaritains sont encore rebelles au culte centralisé de Jérusalem à l’époque de Jésus). La polémique contre le serpent de Genèse 3 pourrait donc être d’époque hasmonéenne. Elle précéderait alors de très peu l’apparition du gnosticisme samaritain du premier siècle de notre ère.

La longévité du gnosticisme au sein de la chrétienté pose un problème de chronologie plus délicat. En effet, ce gnosticisme, qui est un concurrent très sérieux du catholicisme durant les trois premiers siècles, survivra encore un millénaire à une Église devenue toute-puissante au IVe siècle. On sait que le marcionisme et le manichéisme perdurent dans l’Empire romain jusqu’au Ve siècle. L’empereur d’Orient Justinien [30] combat encore les Manichéens au VIe siècle. À une date imprécise entre la fin du VIIe siècle et le début du IXe siècle apparaissent les Pauliciens [31] en Anatolie. Ils se distinguent mal des Bogomiles de Bulgarie, attestés pour la première fois dans les années 940 par une lettre du patriarche de Constantinople Théophilacte, qui les définit comme « un mélange de manichéisme et de paulinisme ». Au XIe siècle, le bogomilisme est encore pratiqué dans des monastères de Constantinople [32]. Les Bogomiles sont considérés comme les ancêtres immédiats des Cathares du Languedoc, dont l’Église catholique viendra à bout par la Croisade albigeoise au XIIIe siècle.

Tous ces mouvements sont indéniablement gnostiques : ils vénèrent l’apôtre Paul et rejettent l’Ancien Testament, assimilant son dieu Yahvé au mauvais démiurge. Mais leurs liens historiques restent insaisissables. Ils semblent n’être que différentes vagues d’un même mouvement, qui semble renaître perpétuellement pendant un millénaire, malgré les persécutions et la destruction de ses textes. Le cas des Pauliciens est particulièrement intriguant : ils disent se nommer ainsi en référence à Paul (les historiens pensent qu’ils se trompent et les rattachent à un autre Paul, mais sans argument valable) ; leur bastion d’origine est proche de la ville de Tarse, d’où Paul est originaire ; et leur principal chef spirituel se faisait appeler Silvanus [33], le nom que portait le compagnon de voyage de Paul [34].

C’est une des énigmes, parmi bien d’autres, que peut résoudre, à mon avis, le révisionnisme chronologique de Gunnar Heinsohn que je présente dans mon livre Un millénaire de trois siècles ?

Laurent Guyénot

 

Un millénaire de trois siècles ?
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Notes

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Recon...

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Irén...

[3] https://web.archive.org/web/2016032...

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bibli...

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Tabennèse

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Athan...

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Simon...

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcion

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Valen...)

[10] Adolf von Harnack, Marcion, l’évangile du Dieu étranger. Contribution à l’histoire de la fondation de l’Église catholique, Cerf, p. 47.

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Philo...

[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre...

[13] Gilles Quispel, Gnostica, Judaica, Catholica. Collected Essays of Gilles Quispel, edited by Johannes Van Oort, Brill, 2008.

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Évan...

[15] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fils_...

[16] https://fr.wikipedia.org/wiki/Codex...

[17] https://fr.wikipedia.org/wiki/Elkas...

[18] https://fr.wikipedia.org/wiki/Sabéisme

[19] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mandéisme

[20] https://www.amazon.fr/Jésus-Jean-B...

[21] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ébionisme

[22] Hermann Detering, The Fabricated Paul : Early Chrisitianity in The Twilight (éd. allemande 1995), 2003.

[23] Earl Doherty, The Jesus Puzzle : Did Christianity begin with a mythical Christ (1999). On peut aussi lire gratuitement ce pdf de 600 pages.

[24] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ophites

[25] https://fr.wikipedia.org/wiki/Théo...

[26] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouroboros

[27] Attilio Mastrocinque, From Jewish Magic to Gnosticism, Mohr Siebeck, 2005, p. 7-10.

[28] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bâto...

[29] https://fr.wikipedia.org/wiki/Hasmo...

[30] https://fr.wikipedia.org/wiki/Justinien

[31] https://fr.wikipedia.org/wiki/Pauli...

[32] Janet Hamilton and Bernard Hamilton (ed.), Christian Dualist Heresies in the Byzatine World c. 650-c.1405, Mancheseter UP, 1998, p. 42-164.

[33] https://fr.wikipedia.org/wiki/Silas...)

[34] https://fr.wikipedia.org/wiki/Const...

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  • #2696634
    Le 30 mars à 16:22 par derf
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Thomas Paine disait : "La religion chrétienne n’est qu’une parodie du culte du soleil dans laquelle on a mis le nom du christ à la place de celui du soleil et à qui on a voué un culte".
    Il n’y a pas de rupture dans l’histoire, le christianisme n’est que le prolongement du paganisme en passant par le gnosticisme.
    - Horus (-3000) : Horus est né un 25 décembre (jour de l’année nommé autrement) d’une vierge nommée Isis, une étoile à l’est proclame sa naissance, trois rois sont venus l’adorer, à 12 ans il devient un enseignant prodigieux, il se fait baptiser et à 30 ans entame son ministère, il voyage avec 12 disciples, il est trahi par typhon.
    - Mithra en perse (-1200) :Né d’une vierge le 25 décembre, avait 12 disciples et accomplissait des miracles, à sa mort enterré pendant 3 jours puis ressucité.
    - Attis en Phrygie (-1200) : Née d’une vierge un 25 décembre, cruccifiée, guérit des malades placée dans une tombe 3 jours.
    - Krishna (-900) en Inde : Né d’une vierge nommée Devaki, étoile à l’est annonce sa venue, réalisa des miracles avec ses disciples et fut ressucité après sa mort.
    - Dionysos (-500) Né d’une vierge le 25 décembre, il était professeur voyageur, il réalisa des miracles tels que changer l’eau en vin, il est considéré comme le roi des rois, fils unique du père, l’alpha et l’oméga, à sa mort il fut également ressucité. Astronomiquement parlant, les 3 étoiles (3 rois) de la ceinture d’orion s’alignent en direction de sirius qui est vers l’est par rapport à ces étoiles. Si vous prolongez l’axe de ces 4 étoiles jusqu’à l’horizon terreste celui-ci indique l’emplacement du lever du soleil le 25 décembre ce moment astronomique dans l’année (ce qui correspond à notre 25 décembre peu importe le nom du calendrier). La vierge Marie représente la constellation de la vierge (Virgo) qui est aussi appellée la maison du pain. Bethlehem veut dire la maison du pain. comme Jésus le soleil Marie est en réalité une constellation. Le soleil, depuis le 21 juin (solstice d’été) décline dans le ciel, ce couche un peu plus au sud chaque jour( les jours racccourcissent) jusqu’au 21 décembre (solstice d’hiver) et sa "mort", selon les anciens, est complètement achevé le 22. de là, il ne se déplace plus vers le sud pendant 3 jours ou il "stagne" tout en restant à proximité de la constellation de la croix du sud (mort sur la (mort sur la croix) puis commence à remonter vers le nord à partir du 25 décembre (résurection) et il est chaque jour un peu plus haut dans le ciel.

     

    Répondre à ce message

    • #2697199
      Le 31 mars à 14:15 par Theodoron
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      Merci pour ces infos. On fait rarement ces rapprochements. Vous êtes chrétien et croyant ?
      Je me pose des questions sur les libres-penseurs. Ceux que j’ai croisés n’étaient pas très convaincants, incapables d’argumenter leur position et pas même d’origine française, même s’ils vendaient une revue française derrière un stand. Sinon j’en ai rencontré un qui démontait la religion chrétienne, l’AT et le NT et essayait de prouver la non-existence du Dieu des Chrétiens. C’est de la manipulation. Je leur ai demandé ce que leur non-religion allait laisser à la postérité et quels monuments elle avait érigés (la Pyramide du Louvre ?). Certains, non FM, semblent satanistes ou l’avoir été. Et ils essaient d’entraîner des gens avec eux dans leur perte. Pourquoi ? S’ils croient au Diable, ils croient aussi en Dieu.

       
    • #2697979
      Le 1er avril à 16:29 par paramesh
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      aucun véritable intérêt, tout ceci ne participe qu’à l’ habillage symbolique (et donc mythologique) de la personne du christ, il n’empêche que le message christique n’est en rien comparable au messages de Dyonisos Horus ou Krishna qui d’ailleurs pour ta gouverne ne délivrent aucun message. Ils ne sortent pas du mythe, c’est le mythe qui raconte et explique, pas eux.
      dans des civilisations où le mythe et le rite sont les instruments de connaissance par excellence, la vie du Christ se devait d’être mythifiée et elle l’a été en lui accolant des symboliques reconnues par le plus grand nombre, mais le message, lui, reste intact (tant qu’il n’est pas pollué par le gnosticisme).

       
    • #2698530
      Le 2 avril à 13:19 par derf
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      @Paramesh. Les mythes ne sont pas des récits de choses qui se sont passés mais des outils de la compréhension de la psychée humaine. Le langage symbolique ne se lit pas du tout comme le langage descriptif et analytique car le langage symbolique porte sur la question du sens, donc forcément, si on essaye d’analyser un symbole ou un texte mystique comme on le fait avec une équation mathématique ou un évènement d’actualité, celui-ci nous echappera totalement.
      Avec l’approche Jungienne les mythes sont des symboles universels qui habitent l’inconscient collectif. C’est à dire qu’il y a un certain nombre de structures qui habitent l’inconscient des humains. Ces structures vont s’exprimer différement selon les peuples et les cultures de par le monde et prendre le visage et la “couleur” de la culture à laquelle elles s’adressent. Pour prendre un exemple, le thème de la gémélité ne va pas être traité de la même manière dans la Rome antique avec Romulus et Remus qu’elle ne va l’être chez les Ashvin en Inde avec leurs dieux jumeaux ou bien ailleurs chez certains peuples d’Amérique du sud.
      En fait la thématique centrale est universelle peu importe les peuples. Par exemple, pour le mythe de Prométhée, qui vola le feu (de la connaissance...) aux dieux, celui-ci est raconté différement à travers la planète mais à chaque fois il s’agit d’un rapt, le feu n’est jamais donné par les dieux mais celui-ci est systématiquement volé par les hommes, c’est une constante universelle. Il y a eu plusieurs interprétations plus ou moins intéressantes pour expliquer les mythes notamment celle de James George Frazer qui parle de forces de la nature et qui reste très intéressante, mais qui reste parfois imprécise et qui ne donne pas de clés de compréhension particulière des mythes. Par contre, toutes les approches ne s’excluent pas les unes par rapport aux autres.
      Quand les mythes sont compris de manière précise dans leur structure on se rend compte que ceux-ci sont remplis de symboles extrêmement pertinents et agencés de façon très précise qui laisse à penser que l’approche jungienne est la plus juste, celle qui fait d’avantage sens.

       
    • #2700069
      Le 5 avril à 07:50 par el vago
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      L’inverse est bien plus sur : "le culte du Dieu Soleil est une parodie de la religion chrétienne".

      Vous allez me dire que ces cultes sont antérieurs, et vous aurez raison, et que donc l’original se situe avant, et là aussi bizarre que cela puisse paraître, vous auriez tort. C’est d’ailleurs tout le problème de la religion primordiale qui serait originellement parfaite, celle-ci nie à la fois l’activité du Saint Esprit qui nous permet en réalité d’avancer dans notre compréhension, et nie qu’il y ait un moment où se produit une possible révélation, dans ces cultes là, la révélation est toujours antérieure, il n’y a pas de temps de préparation de l’humanité.

      Si on continue l’enquête et le raisonnement, on peut très bien se dire qu’une intelligence est à l’origine de tous ces cultes, et que celle-ci était au courant de bien des choses, et qu’elle ne s’est pas gêné pour proposer des variations autour de quelque chose qu’elle semblait avoir entrevue et dont en même temps certaines choses pouvaient lui avoir échapper.

      Or s’il y a bien une information qui est à prendre en compte, c’est qu’on sait que la chute de l’ange a été causée par sa volonté de ne pas servir, ce dernier ayant eu la révélation de l’Incarnation du Verbe et de par qui se produirait l’Incarnation dans le temps. L’ange ne voulant pas de cette intermédiaire, il a décidé qu’il pourrait être lui-même l’objet d’un culte, qu’il pourrait être lui aussi adoré.

      En s’opposant à ce projet, libre à lui de constituer des histoires pouvant coller à ce qu’il avait vu, pour mieux satisfaire son intelligence, se vanter et montrer qu’il a tout compris, comme aussi chercher à embrouiller les pistes, à fausser la révélation, par tout un tas de faux cultes.

      Si vous vous renseignez, vous sauriez d’abord que tout ce qui est de l’ordre de la divination dans l’antiquité a à voir avec le serpent, le python, la pythie, c’est le serpent qui fait donc ses annonces, et les pauvres humains sont priés d’y croire.

      La chose étrange qui tendrait à prouver que j’ai raison, est que partout où le christianisme est arrivé, le paganisme et tous les faux cultes dans lesquels se trouvaient la notion de sacrifice fait à Dieu sont tombés comme des mouches et n’ont pas pu résister, l’Esprit Saint nous a libéré de toutes ces vilaines singeries, et je crois qu’on peut lui en rendre grâce.
      _

       
  • #2696639
    Le 30 mars à 16:32 par juin
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Les premiers chrétiens étaient des gnostiques dont le but étaient la Gnose, la Connaissance, l’éveil ; ils interprétaient l’enseignement de Jésus, non comme le récit d’événements historiques ayant vraiment eu lieu, mais comme des signes et des symboles d’une transformation intérieure à opérer dans le sein de sa propre conscience.
    Les gnostiques mettaient en évidence La chose suivante :
    "Je suis ici ce que je parais être là-bas", c’est-à-dire que nous confondons notre essence avec notre apparence.
    En tant que nouveau-né, nous n’avons aucune idée de qui nous sommes. Nous arrivons donc à nous concevoir nous-même tel que tout le monde dit que nous sommes : un corps visible. Nous nous identi­fions à la façon dont nous paraissons aux yeux des autres, plutôt qu’a celle dont nous sommes pour nous-même. Les gnostiques appellent eidolon notre identité apparente, mot qui veut dire « image ».L’ eidolon, tel un reflet dans un miroir, est ce que nous paraissons être et non pas ce que nous sommes réellement. Dans le jargon spirituel moderne, l’eidolon est l’« ego ». Dans le texte chrétien de la Pistis Sophia, il est désigné par la « fausse conscience »." Basilide l’appelle « psyché parasite », et Plotin, l’« intrus ». Le mot « idée », une image dans l’esprit, est de la même racine que le mot eidolon.
    L ’eidolon est l’idée : « Je suis le corps ». Nous nous identifions à cette idée, plutôt qu’à la Conscience d’où l’idée a surgi. Et c’est ainsi que nous prenons l’image pour l’essence.
    Telle est la tragi-comédie de la condition humaine. Nous som­mes tous Dieu, mais en général nous nous prenons pour des individus quelconques. Nous nous identifions complètement au corps, qui n’est qu’une apparence sur la circonférence du cercle des « moi », et n’avons aucune connaissance de notre nature fondamentale en tant que Conscience centrale.

     

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    • #2696738
      Le 30 mars à 19:35 par TB
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      @juin

      C’est finalement le point de vue (extrême-) oriental, qui lui n’a jamais varié.

       
  • #2697387
    Le 31 mars à 21:05 par Telecaster
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Pourquoi dénoncer le satanisme et les satanistes si Satan n’existe pas ?
    Pourquoi dénoncer le mal si le mal n’existe pas ?
    Pourquoi en appeler au bien si le bien n’a pas de consistance ontologique, s’il n’est que le produit des délibérations des hommes, soumis à leurs caprices et à la météo ?
    Pourquoi tout accorder à la franc-maçonnerie qui est déjà suffisamment présente dans tous les cercles de pouvoir ?
    Pourquoi faire à la Synagogue de Satan le plus cadeau qu’elle puisse espérer : la réfutation de la Nouvelle Alliance ?

     

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  • #2698417
    Le 2 avril à 10:01 par Telecaster
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    - Pourquoi ne pas assumer franchement sa position de refus du péché originel et de l’Incarnation rédemptrice ? Pourquoi avoir besoin d’étayer ce refus par l’hypothèse de la tradition primordiale ?
    - S’il s’avérait que des textes non-juifs relatant l’annonce d’un Messie souffrant pour les péchés de son peuple existaient , qu’est -ce qui empêcherait des indiens, des amérindiens et des aborigènes d’Australie de posséder cette connaissance et de pratiquer un culte qui en dériverait ? Qu’est -ce qui empêcherait l’existence d’un culte commun à toutes les peuples de la terre, si cette tradition primordiale existait et était connue ?
    - Où sont les textes non-juifs relatant l’arrivée d’un être affirmant que Dieu est Père , que qui le voit a vu le Père, qu’Il est dans le Père et que le Père est en Lui ,qu’il est le commencement et la fin ? Où sont les textes non-juifs décrivant un tel être , crucifié puis ressuscité, et non pas un simple homme doté de pouvoirs extraordinaires ?
    - Qu’est- ce qui explique que des juifs ont accepté cet être tel qu’Il s’est présenté ?
    Où sont les textes non-juifs relatant un tel être lavant les pieds de Ses disciples ?
    - Qu’est -ce qui explique la grande diversité des conceptions du sacré sur la terre, avec ou sans transcendance, avec ou sans Incarnation, polythéistes, monothéistes etc ? Qu’est -ce qui explique l’absolue singularité du christianisme au milieu de toutes ces formes ?
    - Les théories alternatives ne sont -elles pas plus tortueuses que la Révélation qu’elles combattent ?

     

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    • #2700209
      Le 5 avril à 11:53 par el vago
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      L’hypothèse de la tradition primordiale ne tient que sur l’idée qu’avant ils savaient mieux que nous savons et que nous avons perdu ce savoir, nous l’avons amoindri, falsifié, mais cette tradition existait, forcément. C’est une approche qui ne repose que sur l’idée de dégradation de l’information dans le temps.

      La révélation repose sur tout autre chose, il y a d’abord un temps de préparation qui sert à préparer les hommes à recevoir une révélation, il faut déjà que les hébreux passent 40 ans dans le désert, puis il y a une révélation qui se fait à un moment précis de l’histoire, et il y a un temps de compréhension et d’intégration de cette révélation, en même temps qu’il y a un combat entre cette révélation et ce qui s’y oppose avec donc des hauts et des bas.

      L’idée de tradition primordiale réfute tout cela, et notamment et principalement l’action de l’Esprit Saint qui Lui vivifie l’Eglise du Christ. Dans cette approche, vous ne pouvez pas comprendre l’apport des pères de l’église, ni l’apport des théologiens parce que la dynamique est inversée, c’est une dynamique du retour à l’origine. C’est peut-être séduisant mais c’est en fait assez primitif quand on compare cela à l’histoire de l’Eglise.

       
  • #2698462
    Le 2 avril à 11:10 par Ali
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Pour étudier de manière extérieure la gnose, "ma’rifa" en arabe, on ne peut pas ne pas lire René Guénon - voir travaux sur la FM, sa légitimité et ses dérives. Pour la pénétrer, il faudra une pratique orthodoxe de l’ésotérisme, donc ineffable. Je recommande aux non connaissant de l’Islam, la lecture de "l’Islam et le Graal" de Pierre Ponsoye. Il trouveront qques pistes sur la gnose, unique et éternelle, et également des raisons "objectives", dit rapidement mais non sans importance, de la conversion de nombreux maçons, chrétiens et autres à l’Islam. On pourra revenir dans un prochain post, sur la conversion de René Guénon, ce grand français - dixit de Gaulle - qui fut plus une confirmation qu’une conversion, une actualisation du Principe, toujours vivant dans l’Islam et de surcroit dans l’Islam ésotérique.

     

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    • #2700460
      Le 5 avril à 18:59 par Chose Binne
      Qu’est-ce que le gnosticisme ?

      J’ai tout lu de Guénon, peu touché à Évola.
      Je ne rend pas de culte au Grand Architecte et je désire encore moins me convertir à l’islam, j’ai pensé avoir trouvé chez Guénon la vision la plus "antique" du mondialiste, qui a peu a voir avec la vision moderne ultra catastrophiques des FM, de certains juifs messianiques et de mondialistes.
      Le mondialisme democratise la gnose, ce qui est un non-sens et une erreur selon Guénon ; laissons les "sages" peu nombreux se dire citoyens du monde, mais pas les commercants, les touristes, ou les peuples, sinon nous tombons tous.

       
  • #2701604
    Le 7 avril à 16:46 par SOCRADE
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Moi je comprend l’idée gnostique -l’unité derrière la variété des contenus gnostiques- comme l’idée d’un savoir caché destiné à une élite. Hors le Christ est clairement anti-gnostique, il dénonce plusieurs fois les choses cachées et dit clairement que son enseignement s’adresse aux simples, pas aux sachants (érudits, intellos, prêtres). Donc l’église catho a bien fait de dézinguer les gnostiques, c’est juste des cons qui ont eux aussi envie de faire partie des élus, c’est le même genre d’engeance.

     

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  • #2702895
    Le 9 avril à 13:54 par OccitanoCatalan
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Que s’est-il passé à Alexandrie durant les premiers temps du Christianisme ? J’ai profité du temps du confinement n°2 pour étudier certains fondements de la pensée de nos adversaires. C’est-à-dire cet écran de fumée qu’est l’ésotérisme. Si on démonte le château de cartes on arrive à Alexandrie dans les tout premiers siècles après Jésus Christ. Là il y a eu une fusion de concepts fumeux venant de la religion de l’ancienne Egypte et des religions à mystères avec la pensée grecque, puis avec des éléments venant du judaïsme et du christianisme qui était en train de se développer. Ce fut un vivier d’hérésies et de là sont sorties : la Gnose et la Kabbala (qui sont un peu cousines), mais aussi l’Hermétisme et l’Alchimie. Tout cela forme la boite à outils intellectuelle des Francs-Maçons. Je vous invite à vous renseigner sur cette période et ses concepts. En creusant un peu sur Internet on trouve vite quelques horreurs surtout liées à l’Alchimie moderne et l’Hermétisme… Protégez bien vos enfants.

     

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  • #2704447
    Le 11 avril à 14:54 par Alain
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Jung a écrit un texte gnostique très intéressant intitulé "Les 7 sermons aux morts".

    Le "Demian" de Hermann Hesse interpelle également sur la question de l’union des deux natures.

    Ainsi que le "Zarathoustra" de Nietzsche avec son Aigle et son Serpent.

    Les deux natures sont figurées sur la médaille de Saint Benoit par le Serpent et le Corbeau, ainsi qu’en Alchimie par le symbolisme du mariage du Roi et de la Reine.

    Dans la chamanisme gnostique, on retrouve les deux natures sous les traits du Serpent et du Lion ennemis, dont l’union est figurée par Chnoubis, le serpent léontocéphale "destructeur de démons".

    L’idée gnostique réside dans la réunion des deux natures : la nature céleste (l’aigle) et la nature chtonienne (le serpent).

    Le résultat de cette union se situe au-delà des deux natures. Il s’agit du Soi de Jung, du Fils de l’homme, ou encore de la Pierre Philosophale.

     

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  • #2765424
    Le 15 juillet à 17:13 par LSM
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Cet article passe à côté :

    1) Il y avait plusieurs écoles gnostiques.
    2) La mode est de reconduire la Gnose lato sensu à une marginalité judaïque, alors que son fonds irréductible est bien iranien et grec (malgré l’imagerie chrétienne), comme l’avaient bien vu les premiers historiens commentateurs. Le nombre restreint de spécialistes (en général des biblistes), et d’autres raisons, favorisent cette réduction actuelle.
    3) La Gnose repose principalement sur des fondements non-monothéistes et non-créationnistes hostiles au pseudo-dieu de la Bible.
    4) Elle ne pose aucune création mais une émanation continue à partir du Plérôme, par syzygies. La création est une illusion du dieu unique.
    5) L’unicité, la toute-puissance et la prétention créatrice du "méchant dieu" (Yaldabaoth et ses archontes) étaient considérées comme des mensonges par les écoles gnostiques (le tyran est le premier illusionné).
    6) Le combat du rédempteur, Khrestos (non Christos), est le combat pour la bonne création dans l’espace intermédiaire, qui se termine par une victoire eschatologique ou bien par la "rédemption du rédempteur".
    7) L’énergie suprême, Sophia, est tout entière à toutes les stases du cosmos. Puissance d’illusion et de libération, elle a enfanté le monstre (Yahvé) sans intention, mue par sa propre énergie, mais aussi suscité Khrestos et transmis son souffle à Adam et Eve.
    8) C’est ce souffle transmis par la Sophia originelle qui a donné à Adam la nostalgie du Plérôme.
    9) La vue-du-monde gnostique était une réponse appropriée à une période de décadence, face à la prise du pouvoir "mondial" par des étrangers impudents.

    A la fin de l’Antiquité gréco-latine, les écoles gnostiques furent l’un des derniers obstacles sur le chemin du courant abrahamique. Il suffit de lire les commentaires haineux à leur égard d’un (saint) Irénée de Lyon pour comprendre en quoi la gnose, si modeste fût-elle, les gênait.
    La christianisation de l’Europe fut largement favorisée par la diffusion des thèmes et motifs narratifs gnostiques, qui trouvaient bon accueil dans des imaginaires encore intègres. La rééducation ecclésiale a suivi peu à peu.
    Aucun rapport avec l’occultisme et le noachisme des siècles suivants.

    Même mutilée et marginale, la Gnose constitue une part de notre ancien héritage et une expression du combat contre les Alieni agresseurs.

     

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  • #2765502
    Le 15 juillet à 18:41 par Chab
    Qu’est-ce que le gnosticisme ?

    Guénon, qui a influencé Evola, est le maillon d’une chaîne noachite dont les fondements remontent à Philon d’Alexandrie et autres faussaires de l’Antiquité tardive. Sa Grande Tradition Primordiale est dans la lignée de Joseph de Maistre. Les notions d’"Intellectualité pure", d’"infaillibilité doctrinale", et son expression favorite "...n’est pas autre chose au fond que..." cachent en fait des prétentions bien artificielles, et un système d’enfermement.
    Guénon a certes dit beaucoup de bonnes choses sur les pseudo-spiritualités de son temps, mais son uchronie est sans portée. On commence franc-maçon, et on finit musulman et "serviteur de l’Unique". Le bricolage guénonien (symbolisme absolu, fausses étymologies, affectation d’impersonnalité, mépris des peuples sans tradition écrite) peut impressionner, voire séduire quand il touche juste (sur la récupération des lieux sacrés, les principes du calcul infinitésimal, etc.), mais ne résiste pas à une analyse sérieuse. Pour ne prendre qu’un exemple, Guénon a toujours ignoré que buddhi, l’Intellect, était sous le signe de Mâyâ, la profactrice d’illusion.
    Quand on en arrive à expliquer la tradition védique, puis hindoue, par la kabbale, c’est qu’il y a un problème (non posé).
    La prétendue Tradition primordiale, qui souffre du défaut majeur qu’elle n’existe pas, n’est au fond qu’une consolidation discrète des trois gorgones sémitiques, christianisme, judaïsme et islam. Mission accomplie.

     

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